Poisson pêché ou d’élevage ? A propos d’un projet d’usine de saumon en Aquitaine: Pierre d’A.

Poisson pêché ou d’élevage ? A propos d’un projet d’usine de saumon en Aquitaine

C’est certainement un sujet qui fâche dans les dîners de fin d’année, donc à éviter. Remarquez tout de même qu’il est peu probable que les huîtres de Noël soient sauvages (quoi que nous sommes des plongeurs) et que le saumon fumé soit 100% naturel et sauvage.

Je me souviens d’une pisciculture de mon enfance où le ruisseau était fermé en amont par un grillage et une structure à peine plus résistante en aval. Les truites étaient en semi-liberté, elles mangeaient ce que le ruisseau apportait, plus quelques bricoles, et se reposaient occasionnellement dans des bacs où il y avait moins de courant et où le rendement de la fécondation et reproduction était augmenté. On pêchait à la main ou avec une épuisette, selon l’adresse et la température de l’eau. La consommation était locale.

Depuis, on a vu l’horreur des bacs d’élevage en milieu marin, où des saumons à la peau abîmée par des parasites se battent dans des cages avec pour seule nourriture : un mélange brut ou transformé de sous-produits de la pêche, de l’agriculture ou de l’élevage assaisonnés aux hormones et aux antibiotiques.

Du côté de la pêche à la ligne ou artisanale, on rappelle que les petits sont remis à la mer, qu’il y a des quotas, des zones interdites lors des périodes de reproduction, et que la pêche nourrit des millions d’êtres humains.

En parallèle à cette pêche il existe le drame du chalutage des fonds avec les filets lestés, qui ramassent tout quelle qu’en soit la nature et la taille et laisse un monde de désolation de gravière après leurs passages. Leurs passages, oui c’est au pluriel car quelques jours ou semaines plus tard un autre bateau ou le même va repasser à coté ou perpendiculairement et ainsi de suite, ne laissant aucun espoir à une régénération naturelle durable.

Une fois ces décors plantés une ONG, efficace lanceur d’alerte nous informe d’un projet d’usine d’élevage de saumons en Aquitaine au Verdon-sur-mer, donc en sortie d’estuaire de la Gironde. On s’interroge. Il y a 7 milliards d’individus à nourrir sur la planète. On trouvera forcément du saumon dans nos marchés ou supermarchés, alors pourquoi ne viendrait-il pas d’une économie de proximité plutôt que de Norvège, d’Alaska ou autre ? Pourquoi ne créeraient-ils pas des emplois chez nous plutôt qu’ailleurs ? Pourquoi pas avec nos normes, nos critères de qualité et nos vérifications que leurs absences ? La date de sortie de cette newsletter ne permet plus de s’exprimer sur l’enquête d’utilité publique, close à ce jour. On lit les arguments contre ce projet sur ce site https://www.usinesdesaumonsnonmerci.fr/ et l’onglet « comprendre » est particulièrement intéressant. Hélas, à part les problèmes de traitement des eaux usées (géré localement, mais n’avons-nous pas un seul océan ?), on a les mêmes problèmes quand les saumons que nous consommons viennent de loin. Comme toujours, lisez, réfléchissez et agissez, et n’oubliez pas que la truite fumée des Pyrénées peut être une délicieuse alternative au saumon !