Le mot du médecin par Guillemain R.
Le mot du médecin par Guillemain R.
Je ne pouvais poursuivre la saga de la décompression, prévue à la suite de « l’engagement » à savoir les Gradient Factors (GF) sans vous rapporter cette étude de DAN qui « révolutionne » le monde de la plongée
Je vous communique la référence et pour ceux qui son mal a l’aise avec l’Anglais je vous propose une synthèse en Français
Ce que l’étude apporte réellement
L’intérêt majeur de cette étude est sa taille : 127 957 plongées analysées et 628 cas de DCS SOIT 0.5%, ce qui en fait l’une des plus grandes bases de données de plongée loisir jamais exploitées.
Les auteurs montrent que le risque d’ADD n’est pas seulement lié au profil de plongée, mais résulte d’une combinaison de facteurs :
- charge de saturation (DSSG),
- intervalles de surface,
- répétitivité des plongées,
- charge de travail sous l’eau,
- exercice avant la plongée,
- confort thermique,
- fatigue,
- caractéristiques individuelles du plongeur.
C’est probablement le message principal : la décompression est multifactorielle.
Les facteurs qui confirment ce que l’on enseigne déjà
1. La saturation reste le facteur n°1 : Le meilleur prédicteur de l’ADD est le niveau de sursaturation en fin de plongée (DSSG). Plus on s’approche des limites de décompression, plus le risque augmente.
Pour un plongeur FFESSM :
- rester loin des limites est protecteur ;
- les paliers de sécurité gardent tout leur intérêt ;
- les Gradient Factors conservateurs ont du sens.
2. Les intervalles de surface comptent: Les intervalles courts augmentent le risque.
Cela confirme :
- l’intérêt d’attendre suffisamment entre deux plongées ;
- la prudence lors des week-ends avec 3 ou 4 plongées successives.
3. L’effort sous l’eau augmente le risque : Une charge de travail importante est associée à davantage d’ADD.
Exemples :
- lutter contre le courant ;
- remorquer un équipier ;
- palmage intense ;
- transport de matériel lourd.
C’est cohérent avec les études précédentes de DAN.
4. L’exercice avant la plongée: L’exercice physique réalisé avant la plongée est associé à un risque accru.
Attention toutefois :
l’étude ne précise pas toujours suffisamment :
- le type d’exercice ;
- son intensité ;
- le délai avant immersion.
C’est donc une association statistique, pas forcément une relation de cause à effet démontrée.
Les résultats qui font débat
1. Le sexe féminin (OR ≈ 4,6) : L’étude trouve un risque beaucoup plus élevé chez les femmes.
C’est probablement le résultat le plus controversé.
Pourquoi être prudent ?
- Les femmes représentent une minorité dans la base.
- D’autres facteurs peuvent interférer :
- âge ;
- niveau d’expérience ;
- profils réalisés ;
- équipement ;
- déclaration des symptômes.
Même les auteurs restent prudents sur l’interprétation.
À ce stade, je ne pense pas qu’on puisse conclure qu’une femme a réellement 4 à 5 fois plus de risque qu’un homme dans toutes les situations.
2. Le BMI faible plus risqué que le BMI élevé: Le résultat suggère qu’un BMI plus élevé serait associé à moins d’ADD.
Cela contredit une grande partie de la littérature historique, qui associe plutôt l’excès de masse grasse à une plus grande dissolution des gaz inertes.
Il faut donc voir ce résultat comme une corrélation observée dans cette base de données, pas comme une recommandation de prendre du poids pour plonger.
3. La fatigue avant plongée « protectrice : Le modèle statistique trouve que les plongeurs déclarant davantage de fatigue avant immersion avaient moins d’ADD.
C’est contre-intuitif.
L’explication la plus probable est un biais comportemental :
- un plongeur fatigué adopte peut-être un profil plus conservateur ;
- plonge moins profond ;
- fait moins d’efforts.
Il serait dangereux d’interpréter cela comme : « être fatigué protège de l’ADD ».
Si je devais résumer l’étude en cinq règles simples :
- Éviter les profils agressifs même lorsqu’ils restent dans les limites de l’ordinateur.
- Allonger les intervalles de surface quand c’est possible.
- Limiter les efforts importants sous l’eau et juste après la plongée.
- Être particulièrement prudent lors des séries de plongées successives.
- Considérer que le risque dépend autant du plongeur que du profil de plongée.
Limites importantes de l’étude
Comme toute étude observationnelle :
- elle montre des associations, pas des causalités ;
- les données proviennent de plongeurs volontaires DAN ;
- certaines variables sont déclaratives (fatigue, confort thermique, effort perçu) ;
- le risque de biais de sélection existe ;
- plusieurs résultats surprenants nécessitent une confirmation indépendante.
D’ailleurs, plusieurs statisticiens et plongeurs techniques ont déjà souligné que certains résultats méritent d’être reproduits avant d’être intégrés dans les recommandations officielles.